Voies de Lumière

À quoi œuvre donc l’art abstrait ?

 

 À la vue de ces courbes monochromatiques (ou polychromatiques), de ces lignes tourbillonnantes ou structurées, vers quelle destination notre imaginaire nous convie-t-il ?L’esprit, absorbé à déchiffrer les signes, le sens de l’œuvre, tente de cerner et de comprendre la démarche artistique de l’artiste. Dans le cas présent, l’interrogation est posée par le travail d’Anne Lou. Plongeons donc à ses côtés dans l’univers de l’abstrait.

Avec ces lignes droites, brisées, courbes, parallèles, verticales, horizontales, convergentes, divergentes, la question de la fixation dans l’art abstrait est condamnée. L’ouverture à une interprétation infinie est célébrée.

 

À la vue de ces photos, on peut être happé ou pas, transporté ou avoir le sentiment d’avoir été rejeté par ce que l’on observe et déchiffre. L’abstrait, c’est avant tout la quête d’un sens, d’un signifiant. Cet art met en exergue les états intimes, singuliers de l’artiste. Le spectateur pénètre un monde où les secrets propres à l’auteur foisonnent. 

L’abstrait inaugure ainsi l’incertitude tant il s’emploie constamment à brouiller nos marques pour justement nous faire entrer dans un autre espace mental. À quoi œuvre donc l’art abstrait ? Si ce n’est à une désidentification permanente de nos repères du quotidien. Et ainsi faire naître de nouveaux signifiants. 

Dans cette quête inlassable de sens, une certaine neutralité nous est imposée comme le notait Roland Barthes. L’œuvre est ici source d’interprétations plurielles. Le commentaire unique est désavoué. D’où la neutralité qui s’impose et qui est liée à la suspension de ce qui pourrait définir l’œuvre de manière univoque. Aussi, pourrait-on dire à l’instar de Roland Barthes que l’art abstrait est un art neutre et que le neutre donne tout son sens à l’abstraction. Le neutre vise à nous contraindre à déjouer et à délaisser nos « habitus » de pensées où le plus souvent siègent la classification et l’esprit dichotomique. Et ce, afin de s’ouvrir à ce qui n’est pas encore né ni pensé. Cette conception s’apparente davantage au concept d’art oriental cher à Barthes. Enfin, la question du neutre interroge et d’une certaine manière nous contraint à penser l’absence, le manque, l’inexistant. On est dans l’indéfini par excellence.

Si l’interprétation demeure infinie, il est à noter que l’artiste part du réel pour se lancer et se laisser conduire dans l’univers de l’abstraction. On en voit parfois les formes bien que celles-ci finissent par disparaître en laissant place à des figures où l’imaginaire est roi.

 

Ces clichés viennent à notre rencontre avec cette avalanche de couleurs s’imbriquant dans des figures géométriques aux formes curvilignes tournoyantes et souvent vertigineuses. Et le spectateur capture l’œuvre. Une dynamique s’opère grâce au champ de ces associations mécaniques, géométriques et colorées. Enfin, certaines formes épurées, presque éthérées de lignes fines, onduleuses, nervurées, appellent à la rêverie et communiquent avec nos songes les plus secrets.